
Dre Lucie Duclos, membre de l’ICOPLAST et experte en Chirurgie Plastique
7 décembre 2025
L’impact du sémaglutide sur la chirurgie esthétique et la perte de poids : une révolution médicale
1 janvier 2026La position du Ozempic au Canada concernant le sémaglutide, notamment sous ses formes commerciales incluant Wegovy, est définie par les approbations et les réglementations de Santé Canada, l’agence fédérale responsable de l’évaluation et de l’autorisation des médicaments. Voici un aperçu détaillé de cette position en date du 22 février 2025, basé sur les informations disponibles et l’évolution récente de l’utilisation du sémaglutide :
Approbation et indications
Ozempic Canada (sémaglutide à faible dose) :
Ozempic a été approuvé par Santé Canada en 2018 pour le traitement du diabète de type 2. Il est administré à une dose maximale de 1 mg par semaine et vise à améliorer le contrôle glycémique chez les adultes atteints de cette condition. Bien que la perte de poids soit un effet secondaire fréquent, son utilisation pour cet objectif n’est pas officiellement approuvée au Canada et est considérée comme une utilisation « hors indication » (off-label).
Wegovy (sémaglutide à dose élevée) :
Wegovy, qui contient une dose plus élevée de sémaglutide (2,4 mg par semaine), a été approuvé par Santé Canada en novembre 2021 spécifiquement pour la gestion chronique du poids. Il est indiqué comme complément à un régime hypocalorique et à une activité physique accrue pour les adultes ayant :
- Un indice de masse corporelle (IMC) de 30 kg/m² ou plus (obésité), ou
- Un IMC de 27 kg/m² ou plus (surpoids) avec au moins une comorbidité liée au poids, comme l’hypertension, le diabète de type 2, la dyslipidémie ou l’apnée obstructive du sommeil.
Wegovy est devenu disponible sur le marché canadien en mai 2024, après des années de retard liées à des pénuries mondiales et à une forte demande.
Réglementation et accès
Couverture par les régimes publics : Au Canada, la couverture des médicaments varie selon les provinces et les régimes d’assurance publics ou privés. Ozempic est généralement remboursé pour le diabète de type 2 sous certaines conditions (par exemple, après échec d’autres traitements), mais pas pour la perte de poids. Wegovy, en tant que traitement spécifique à l’obésité, n’est pas encore largement couvert par les régimes publics, car l’obésité est souvent considérée comme une condition « non prioritaire » comparée à d’autres maladies chroniques. Les patients doivent donc souvent payer de leur poche ou dépendre d’une assurance privée, ce qui limite l’accès en raison de son coüt élevé (environ 200 à 300 $ CA par mois pour Ozempic, et potentiellement plus pour Wegovy).
Pénuries et gestion de l’offre : La popularité croissante du sémaglutide, amplifiée par son utilisation pour la perte de poids (souvent médiatisée par des influenceurs), a entraîné des pénuries, notamment pour Ozempic. Cela a suscité des préoccupations quant à l’accès pour les patients diabétiques qui en dépendent. Le gouvernement canadien, via Santé Canada et le ministère de la Santé, surveille la situation pour garantir que les stocks soient alloués en priorité aux indications approuvées.
Position sociétale et médicale
Reconnaissance de l’obésité comme maladie chronique : L’approbation de Wegovy reflète une évolution dans la reconnaissance de l’obésité comme une condition médicale sérieuse nécessitant des traitements spécifiques, et non uniquement des changements de mode de vie. Obesity Canada, une organisation influente, a salué cette approbation comme un « changement de paradigme », soulignant que le sémaglutide offre des résultats proches de ceux de la chirurgie bariatrique, mais avec moins d’invasivité.
En outre, des études récentes comme celle de Mnajjed & Mims (novembre 2025, DOI: 10.1097/GOX.0000000000007282) démontrent des impacts secondaires importants du semaglutide au-delà de la perte de poids, notamment l’apparition de l' »Ozempic face » et l’augmentation consécutive de la demande de traitements esthétiques. Ces données soutiennent la nécessité d’une approche holistique du traitement par semaglutide, associée à des conseils esthétiques professionnels.
Défis éthiques et sociaux : L’utilisation hors indication d’Ozempic pour la perte de poids a suscité des débats. Certains experts s’inquiètent d’une surmédicalisation ou d’une focalisation excessive sur l’esthétique plutôt que sur la santé, tandis que d’autres soulignent les bénéfices potentiels pour réduire les complications liées à l’obésité (maladies cardiovasculaires, diabète, etc.).
Surveillance et sécurité
Santé Canada continue de surveiller les effets secondaires du sémaglutide, notamment les risques rares comme la pancréatite (1 cas sur 1000 par an) ou les calculs biliaires (risque accru d’environ 1 %). Les données des centres antipoison dans certaines provinces, comme l’Ontario et le Québec, ont signalé une augmentation des appels liés à des effets indésirables (nausées, surdosage accidentel), bien que ces chiffres restent limités et ne distinguent pas toujours l’usage pour le diabète ou la perte de poids.
Conclusion
La position du Canada sur le sémaglutide est claire : il est reconnu comme un outil précieux pour le diabète (Ozempic) et la gestion de l’obésité (Wegovy), avec des approbations officielles de Santé Canada. Cependant, son accès reste entravé par des questions de coût, de couverture et de disponibilité, tandis que son usage hors indication pour la perte de poids suscite des préoccupations logistiques et éthiques. Le pays adopte une approche prudente mais progressive, intégrant ce médicament dans une stratégie plus large de lutte contre l’obésité, tout en veillant à protéger les patients diabétiques qui en ont besoin. Cette position pourrait évoluer avec l’arrivée de nouveaux traitements ou des ajustements dans les politiques de remboursement.














